Face à la sédentarité et à ses conséquences sur la santé, la mise en œuvre de l’exercice physique devient indispensable. Les médecins ont un rôle important à jouer dans la promotion de l’activité physique auprès de leurs patients. Mais ils ne sont pas suffisamment formés à cet aspect de la santé. La formation permanente leur parle davantage des techniques et des médicaments que de l’importance de nos modes de vie sur notre capital santé. Le temps leur manque pour aborder, avec la disponibilité indispensable, la mise en œuvre de cette activité dont les bénéfices pour la santé sont pourtant indiscutables : selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les personnes physiquement inactives vivent 8 à 10 ans de moins sans maladie grave.

L’engagement des professionnels de la santé est limité aux personnes qu’ils conseillent. Sans un engagement collectif – et donc politique – il n’est pas possible d’améliorer le niveau d’activité physique dans une population. Sans une démarche initiée par les collectivités locales non plus. Cette démarche doit intégrer des interventions concernant l’environnement urbain, les transports, les programmes scolaires, l’éducation physique, l’information du public et le développement d’infrastructures spécifiques : pistes cyclables, parcours de marche sécurisés, gymnases, etc. Sans ces moyens, la population ne changera pas ses modes de vie qui, chez les enfants et les adolescents, sont de plus en plus sédentaires.

Sur prescription
Les médecins ne doivent pas seulement conseiller une activité physique aux malades atteints d’une pathologie chronique mais également à tous ceux qu’ils rencontrent pour des raisons diverses et qui sont en bonne santé apparente.

Autrefois, l’activité physique était partie prenante de la vie quotidienne et le temps limité des loisirs permettait un repos mérité. Aujourd’hui, l’activité physique n’est plus une obligation de la vie quotidienne. Progressivement, elle a tendance à disparaître. Le temps des loisirs est de plus en plus important mais moins d’un tiers de ce temps est consacré à l’exercice physique. Lors d’une consultation, le niveau d’activité physique de chaque personne devrait être sommairement évalué à l’aide éventuellement d’un questionnaire.

Diverses professions nécessitent une activité physique intense et prolongée qui dispense d’une pratique complémentaire et volontaire. Mais pour un nombre croissant de personnes sédentaires, une ordonnance médicale est nécessaire pour préciser le programme des activités physiques à entreprendre. Chaque patient doit justifier d’une prescription individualisée, en fonction de son âge, de ses possibilités physiques, de son activité quotidienne, de son état de santé. Mais des mesures générales, applicables au plus grand nombre, peuvent être recommandées.

Bouger au quotidien
Elles sont connues de tous mais rarement mises en œuvre. Toutes les occasions de bouger dans la vie quotidienne doivent être exploitées :

  • ne pas emprunter les ascenseurs ou les escalators pour moins de trois étages ;

prendre les places de parking les plus éloignées de son lieu de travail (école, bureau, entreprise),

  • marcher lorsque le lieu de travail est à moins de 15 minutes (1.500 mètres) ; si la distance à parcourir est plus grande, elle peut être effectuée à bicyclette,

  • lorsque le recours à un transport motorisé individuel ou collectif est une obligation, l’abandonner à plus d’un kilomètre et parcourir le reste du chemin en marchant rapidement.

Chez les adultes de moins de 65 ans, le minimum recommandé pour maintenir une condition physique satisfaisante est une activité d’une intensité modérée. Par exemple :

une marche rapide durant 30 minutes, au minimum de cinq jours par semaine (éventuellement par périodes d’une durée minimum de 10 minutes), une activité plus intense (jogging), durant 20 minutes, trois jours par semaine.

Une activité modérée accélère le rythme cardiaque. Une activité d’une intensité élevée augmente le rythme respiratoire et entraîne un essoufflement. Les activités banales et quotidiennes (vider les ordures, faire la cuisine), qui durent moins de 10 minutes, ne sont pas prises en compte dans le calcul de la dépense énergétique. Par contre, certaines activités d’une durée supérieure à 10 minutes, par exemple bêcher un jardin, faire de la charpenterie ou de la maçonnerie, tondre le gazon, sont comptabilisables. L’objectif qu’il conviendrait d’atteindre pour améliorer l’état de santé, réduire le risque de maladie chronique et de mort prématurée, suppose une dépense énergétique plus élevée de 1.000 à 1.500 ou 2.000 kcal par semaine.

La marche rapide, le cyclisme, la natation, le jogging sont les activités les plus recommandées.

Parallèlement à cette activité aérobique, il est aujourd’hui recommandé aux adultes d’entretenir leur capital musculaire par divers exercices réalisés en partie contre résistance, avec une charge additionnelle : haltères, élastiques, ressorts. Ces exercices visent les principaux groupes musculaires.

A tout âge
Chez les enfants, bouger est naturel. Il ne faut pas limiter leurs activités. Les médecins doivent refuser de rédiger des certificats de complaisance pour exempter les écoliers des cours d’éducation physique.

Chez les personnes âgées, une activité aérobie semblable à celle des adultes est recommandée. Chez une personne longtemps sédentaire, la reprise de l’activité sera progressive. Le maintien de la force musculaire et de la souplesse des articulations est indispensable chez les sujets âgés. En effet, la dépendance physique est très souvent la conséquence d’un affaiblissement des capacités musculaires. Cette faiblesse musculaire peut être efficacement enrayée par des exercices de gymnastique et d’assouplissement (stretching). Associé à des exercices visant à accroître l’équilibre, ce renforcement musculaire est particulièrement recommandé pour réduire la fréquence et la gravité des chutes. Des exercices doivent être effectués deux jours par semaine. En pratique, ils peuvent être réalisés à domicile mais il est préférable initialement de faire l’apprentissage de cette activité dans un club de gymnastique avec l’aide d’éducateurs qualifiés.

Chez les personnes en bonne santé, quel que soit leur âge, l’activité physique contribue à améliorer l’état de santé, réduire les risques de maladie chronique, accroître l’espérance de vie. Un exercice physique hebdomadaire, conduisant à une dépense de 1.000 kcal, est un minimum. Cela suppose au moins 30 à 60 minutes d’activité physique, cinq jours par semaine.

Chez les malades chroniques, une dépense énergétique plus élevée atteignant 2.000 kcal peut être nécessaire, notamment chez les personnes atteintes de pathologies cardio-vasculaires et celles qui désirent perdre du poids.

Des risques faibles
Les risques de l’activité physique quotidienne servant à maintenir et si possible à accroître le capital santé sont minimes comparés à ceux d’une activité sportive. Le risque de décès par accident cardio-vasculaire lors de l’exercice physique concerne une personne sur 100.000 à 200.000. Il est plus élevé chez les sportifs de haut niveau, notamment les plus jeunes dont les décès sont habituellement liés à des causes cardiaques congénitales. Chez les personnes atteintes de troubles coronariens, ce risque est également très bas :

arrêt cardiaque pour 120. 000 heures/patients. Chez les adultes en apparence sains, le risque est plus élevé chez ceux qui sont sédentaires depuis longtemps et qui, sans entraînement, reprennent une activité physique intense. Pour une activité physique modérée, il est très inférieur aux bénéfices liés à cette activité.

Une reprise progressive de l’activité suffit souvent à minimiser les risques chez des adultes non entraînés. La personne physiquement active et son médecin traitant doivent être particulièrement attentifs aux symptômes qui surviendraient lors de l’exercice physique. Chez les adultes sans antécédents cardio-vasculaires personnels ou héréditaires, et qui ne sont pas diabétiques, un bilan réalisé en milieu spécialisé n’est pas recommandé par l’USPSTF (US Preventive Services Task Force).

Références :
Document de travail. Région européenne de l’OMS. EUR/06/5062700/10. Haskell W. L ." Physical activity and public health : updated recommendation for adults from the American college of sports medicine and the American heart association " Med. Sci. Sports Exerc 2007 ; 39 : 1424-1434. Nelson M. E. " Physical activity and public health in older adults : Recommendation from the American college of sports medicine and the American heart association ". Med. Sci. Sports Exerc. 2007;39:1435-1445. Laure P. " Activités sportives et santé ". 320 pages, Ellipses édit, Paris 2007. Warburton D. " Prescribing exercise as preventive therapy ". CMAJ 2006;174:961-97.