Parmi les modèles de prévention des maladies, celui qui concerne nos styles de vie et nos comportements est aussi celui qui retient le moins l’attention des décideurs politiques et des professionnels des soins. Ces derniers sont davantage préoccupés par les dépistages et les traitements médicamenteux qui visent à maintenir en vie des sujets atteints d’une maladie dont la survenue aurait pourtant pu être évitée par des mesures d’hygiène de vie et d’éducation à la santé : formation, accompagnement psychologique et suivi concernant l’alimentation, l’activité physique, les nuisances de l’environnement physique, l’usage des drogues (alcool et tabac) et des médicaments.

Dans le monde occidental, nos modes de vie sont responsables de la majorité des atteintes à la santé et notamment de la croissance des affections chroniques et des cancers. Malheureusement, la conception hippocratique de la santé n’a pas résisté à la pression des professionnels et des industriels. Ils ont, en effet, convaincu les populations occidentales que la médecine, ses techniques et ses moyens thérapeutiques apporteraient une solution à toutes les atteintes à la santé. Si, ces dernières années, le programme national nutrition santé (PNNS) a fourni à la population des informations d’une bonne valeur scientifique, mais qui influence encore peu des comportements en grande partie déterminés par le marketing efficace des industriels de l’agro-alimentaire, rien ou presque n’a été entrepris pour populariser le développement de l’exercice physique.

Un facteur de prévention primaire et secondaire
La littérature médicale concernant les bénéfices de l’exercice physique est impressionnante, par son volume et ses résultats, mais elle est insuffisamment connue du public et des praticiens. Ni les responsables universitaires, ni les industriels n’ont intérêt à diffuser un savoir qui, en remettant à sa juste place la médecine, ses techniques et ses médicaments, permettrait à la population de devenir réellement responsable individuellement et collectivement de sa santé. Pourtant, le développement de l’exercice physique s’avère être efficace en prévention primaire et secondaire dans de nombreuses pathologies.

Mortalité toutes causes
Les hommes et les femmes d’âge moyen, sans atteinte cardiaque, qui ont une pratique régulière d’une activité physique modérée (marche ou bicyclette), bénéficient, après un suivi d’une dizaine d’années, d’un taux de survie supérieur de 30 à 40% comparativement à une population sédentaire. Cette réduction des décès concerne toutes les causes de maladie, y compris celles cardio-vasculaires. Des femmes d’âge moyen sédentaires ont une augmentation de 52% de la mortalité globale (un doublement de la mortalité cardio-vasculaire et une augmentation de 30% de la mortalité par cancer) par comparaison à des femmes modérément actives. En outre, des sujets à risque qui sont, par exemple, hypertendus, fumeurs, hypercholestérolémiques ou dont l’index de masse corporelle (IMC) est élevé et qui pratiquent une activité physique modérée ont une mortalité plus faible que celle des sujets qui n’ont pas de risque cardio-vasculaire mais qui sont sédentaires. Une relation positive existe entre l’intensité de l’exercice physique et le taux de mortalité prématurée.

Maladies cardio-vasculaires
L’efficacité de la rééducation cardiaque est largement démontrée par 48 essais randomisés. Une dépense énergétique importante entraîne une régression du volume des plaques coronariennes, une réduction de la mortalité prématurée pour toutes causes de pathologies, notamment coronariennes. Dans une étude, la survie des malades coronariens stabilisés ayant une activité physique importante était supérieure à celle des malades ayant subi une angioplastie.

Diabète
Chez des sujets à risque de diabète, dont l’index de masse corporelle (IMC) est élevé, une activité physique modérée réduit l’incidence de la maladie. Dans une population dont le métabolisme glucidique est à la limite supérieure de la normale, une activité physique modérée réduit, trois ans plus tard, l’incidence du diabète de 58% par rapport à un groupe placebo. Par rapport à un traitement par la metfomine, l’incidence du diabète est diminuée de 31%. Chez des sujets diabétiques, un exercice physique modéré (deux heures de marche rapide par semaine) réduit, huit ans plus tard, la mortalité totale de 39% et la mortalité cardio-vasculaire de 34%, par rapport à une population de diabétiques sédentaires.

Cancers
Que l’activité physique résulte d’une activité professionnelle ou de loisirs, elle est associée, dans plus d’une centaine d’études épidémiologiques, à une réduction de l’incidence des cancers, notamment du côlon, du sein et de la prostate. Une activité physique modérée mais régulière réduit de 30 à 40% l’incidence des cancers du côlon et de 20 à 30% celle des cancers du sein.

Chez les sujets traités pour un cancer, les études sont moins nombreuses. Les plus récentes révèlent une réduction de la mortalité et des récidives, notamment des cancers du sein (réduction de 28 à 40%), mais aussi une amélioration importante de la qualité de la survie.

Ostéoporose
Les données sur ce sujet sont moins nombreuses mais vont dans le même sens. L’exercice physique réduit la perte osseuse liée à l’âge, le nombre et le risque de chutes, mais également le risque et l’incidence des fractures de hanche de 30%.

En cas d’ostéoporose confirmée chez les femmes de plus de 75 ans, certains exercices physiques limitent non seulement les troubles de l’équilibre et les chutes, mais aussi accroissent la densité osseuse.

Santé mentale
L’exercice physique influence favorablement la santé mentale, ralentit le déclin lié au vieillissement des capacités cognitives et diminue l’incidence des démences, y compris de la maladie d’Alzheimer. La maxime de Juvenal " Mens sana in corpore sano " mérite d’être prise au sens littéral.

L’exercice physique améliore également la qualité de vie, notamment chez les sujets déprimés: ses effets apparaissent supérieurs à ceux de la sertraline (Zoloft®) dans une expérimentation. Chez l’ensemble des sujets atteints ou non d’une ou de plusieurs maladies chroniques, de nombreuses expérimentations, dont certaines manquent de rigueur méthodologique, sont en faveur d’effets favorables sur l’anxiété et le stress chronique – c’est-à-dire sur tous les troubles fonctionnels qui envahissent les cabinets médicaux.

Exercice physique et métabolisme
L’exercice physique agit peut-être en améliorant les paramètres biologiques décrits dans le syndrome métabolique. L’exercice physique diminue les triglycérides, augmente le HDL cholestérol, réduit le LDL cholestérol et la glycémie. Il accroît la sensibilité à l’insuline, réduit le taux des cytokines athérogéniques (interleukine IL1 alpha, CReactiveProtein, TNF alpha), et diminue la coagulation.

Cliniquement, l’exercice physique réduit la fréquence du rythme cardiaque, les chiffres de la tension artérielle et l’adiposité abdominale. Ce dernier effet diminue la production par les adipocytes des cytokines inflammatoires et favorise le contrôle du poids corporel. L’exercice physique agit aussi probablement en corrigeant les dysfonctionnements de la fonction endothéliale, qui portent notamment sur la synthèse du monoxyde d’azote (NO) observée chez les personnes âgées, les coronariens, les diabétiques, les hypertendus et les obèses.

Conclusion
Les effets favorables de l’exercice physique sur la santé des sujets bien portants et chez ceux atteints de nombreuses maladies chroniques sont indiscutables et importants. Ils sont supérieurs à la majorité des autres actions de prévention et notamment plus efficaces sur l’incidence des maladies et la mortalité globale que les dépistages médicaux. Ces effets sont naturellement amplifiés par une alimentation équilibrée, une consommation modérée d’alcool et le refus du tabagisme. Ils concernent la santé mentale et physique mais favorisent également le bien-être social, notamment lorsque l’activité physique est exercée en groupe ou au sein d’une association.

Les résultats observés sont quantitatifs, liés à la fois à des gains d’espérance de vie, en raison d’une réduction de l’incidence des maladies chroniques, et à une diminution du nombre des décès prématurés. Les résultats sont également remarquables sur la qualité de la vie. Pourtant, près de la moitié des adultes des pays développés sont sédentaires. Les prescriptions d’exercice physique sont rarement faites d’une façon détaillée par les médecins généralistes qui n’ont ni le temps, ni parfois les connaissances nécessaires, pour conseiller leurs malades sur le type, l’intensité et la durée de l’activité physique. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que la sédentarité n’est pas un facteur de risque pris en cause dans le calcul global du risque cardio-vasculaire.

Il convient enfin d’ajouter que les représentations de la santé dans le monde occidental sont très fortement médicalisées. Dans l’esprit de nos contemporains, la santé ne dépend pas de leurs comportements mais des progrès de la médecine, des moyens techniques dont disposent les médecins et des médicaments. Cette vision culturelle rend compte à la fois du peu d’intérêt porté aux styles de vie par les médecins et par les malades ; du développement en partie irrationnel et improductif des activités médicales ; de l’augmentation des coûts médicaux et de la diminution de leur efficience.

Références :
Roberts C. K., Barnard R.J. Effects of exercise and diet on chronic disease. J Appl Physiol 2005 ; 98:3-30. Warburton D. and all. Health benefits of physical activity: the evidence. CMAJ 2006.174: 801-809.