En octobre 2008, le parlement européen sera saisi d’un nouveau texte de la commission européenne concernant la publicité grand public.
Proposée habilement, parmi d’autres mesures, lors de la rédaction de la directive européenne sur le médicament en 2002 , l’instauration en Europe de cette publicité grand public qui avait grandement facilité la croissance du marché, aux USA et en Nouvelle Zélande, des produits dont la prescription était obligatoire, avait été rejetée en raison des actions de lobbying entreprises par les défenseurs de la qualité des prescriptions, notamment : le Collectif Europe et Médicaments crée par Prescrire, Que choisir, la Mutualité Française, l’Association Internationale de la Mutualité et diverses associations de malades (Ce collectif regroupe aujourd’hui 60 organisations de 12 pays européens), HAI Europe (Health Action International Europe) ISBD (International Society of Drug Bulletins



Demain si les propositions des industriels approuvées par la commission sont acceptées par les parlementaires européens la publicité grand public des médicaments envahira les écrans de télévision, les émissions radiophoniques et la grande presse.

Cette stratégie est liée à une extension des cibles commerciales. Longtemps les industriels limitèrent leurs actions d’information aux professionnels des soins. Si la publicité grand public est autorisée elle permettra aux industriels d’accéder à toute la population.

Pour atteindre leurs clients privilégiées, ceux qui sont atteints d’une pathologie chronique, incurable mais susceptible de durer des décennies : diabète, hypertension artérielle, pathologie articulaire, asthme, insuffisance cardiaque, les industriels ont proposé de leur fournir individuellement, par mail ou par téléphone, des informations sur leur maladie et leur traitement afin d’accroître par ce « coaching » leur adhésion aux médicaments.

Au total nul citoyen n’échappera, si les responsables politiques ne s’y opposent pas, à la main mise par les services commerciaux des industriels sur la prescription et le suivi des traitements médicamenteux.



Ces programmes d’ accompagnement des prescriptions visent surtout à accroître l’observance qui concerne au moins le tiers des prescriptions dans les pathologie chroniques.(Ils diffèrent totalement des plans de gestion du risque mis en œuvre après la commercialisation de certains médicaments dont les risques et le résultats doivent être évalués).

Cette non observance réduit les ventes des médicaments mais nul ne sait si les conséquences de ce comportement sont défavorables ou non pour la qualité de vie des malades qui ont souvent d’excellentes raisons médicales pour stopper l’utilisation de nouveaux médicaments dont les effets indésirables peuvent être fréquents et graves (l’exemple des coxibs est dans toutes les mémoires)

En résumé

  • Les programmes d’accompagnement qui transmettent des informations médicales individualisées, en communiquant directement auprès des malades dans le but d’améliorer l’observance et le suivi des prescriptions ne sont pas du domaine de l’industrie pharmaceutique et des assureurs car ils impliquent le recueil par l’industriel ou l’assureur d’informations cliniques personnalisées qui ne peuvent être partagées avec les producteurs de médicaments ou les organismes payeurs.

  • L’information par l’industrie pharmaceutique du grand public est un mythe. Il ne s’agit pas en effet d’information mais de publicité dans la mesure où l’émetteur est aussi le fabricant du produit. Or cette publicité peut être dangereuse en facilitant la prescription et la consommation de médicaments nouveaux qui ont trois caractéristiques : leur prix est élevé ; leur utilité comparativement à d’anciens produits, d’un prix moindre est indéterminée ; leurs risques sont mal connus.

  • A l’heure où il apparaît clairement que les informations transmises par les industriels sont incomplètes (exemple des antidépresseurs dont l’efficacité ne disparaît pas totalement mais devient très faible lorsque toutes les expérimentations non publiées sont prises en compte) ou manipulées par les organismes commerciaux qui confectionnent les publications scientifiques.

Les gouvernements doivent s’opposer aux deux stratégies des industriels celle d’accéder directement aux médias pour réaliser des campagnes publicitaires en faveur de leurs produits et celle d’accéder directement aux malades pour accroître le volume des médicaments consommés en améliorant l’observance.

Qui plus est, la réglementation autorisant la publicité directe pour certains produits tels les vaccins devrait être modifiée.
Si cette publicité n’avait pas été autorisée, les accidents attribués, depuis quelques années à la vaccination contre l’hépatite B auraient été pour la plupart évités ; plus récemment la vaccination contre les papillomas virus n’aurait pas connue un succès populaire que les données scientifiques actuelles ne justifient pas. __

Magrini N, Font M. ”Direct to consumer advertising of drugs in Europe. Evidence on its benefits and harms is available but is being ignored” BMJ 2007. 335 :526