Dans le domaine de l’alimentation et de la nutrition, la vérité d’aujourd’hui est rarement celle d’hier.

Longtemps les risques de la consommation de café pour la santé furent mis en avant notamment les risques cardiaques (infarctus du myocarde) et vasculaires (augmentation de la tension artérielle).[1]

Ce qui n’empêchait pas les médecins de prescrire en cas d’angine de poitrine de la trinitrine caféinée.

Certains l’accusaient aussi de favoriser la carcinogenèse (en raison de la présence de methylxanthines) et notamment le développement des cancers du pancréas et de la vésicule biliaire.[2]



Ces dernières années, la plupart des très nombreuses études épidémiologiques cas-témoins et de cohorte ont innocenté le café et la caféine de ces risques.[3]

Le café ne favorise pas le développement d’un cancer du sein et pourrait même peut être réduire ce risque chez les femmes menopausées.[4]

Un risque déjà signalé a été récemment souligné : celui d’une augmentation d’un décès fœtal chez les femmes consommant plus de 4 tasses de café par jour.

Ce risque étant majoré chez les femmes ayant précédemment avorté spontanément.[5] [6]



Si une consommation modérée de café semble aujourd’hui sans risque pour une population en bonne santé, à l’exception peut être des femmes enceintes, peut elle être bénéfique? La réponse qui repose sur une multitude de travaux est dans l’état actuel de nos connaissances affirmative.

La consommation de café est associée à une réduction de la fréquence et de l’âge auquel apparaît la maladie de Parkinson. [7]

Chez les japonais la valeur des composants de syndrome métabolique : pression artérielle, tour de taille, glycémie à jeun et cholestérolémie était inversement proportionnel à la consommation de café. [8]



Plusieurs études ont également montré une association entre la consommation de café et la moindre fréquence du diabète de type 2. [9]

Une étude a même montré une relation inverse et significative entre la consommation de café et les taux de mortalité totale, cardiaque et cardio-vasculaire dans une population de diabétiques de type 2 suivis durant 20 ans. [10]



Cette amélioration de la mortalité concerne également les personnes âgées. Une étude a suivi de 1991 à 2005 une population de 817 personnes nées en 1920 ou antérieurement. La mortalité totale dans ce groupe était inversement proportionnel au nombre de tasses de café consommées quotidiennement. [11]

Une étude portant sur 41736 hommes suivis durant 18 ans et 86214 femmes suivies durant 24 ans tous les 2 ou 4 ans a montré une relation inverse entre la mortalité globale et la consommation de café liée à une réduction de 25% de la mortalité cardiovasculaire chez la femme consommant deux à trois tasses de café chaque jour. Chez les hommes, la consommation de café ne modifiait pas significativement dans un sens ou un autre la mortalité. [12]
Enfin un travail conduit par des équipes suédoise, finlandaise et américaine affirme qu’une consommation élevée de café (≥ 8tasses par jour) et modérée de thé a réduit significativement chez 26656 hommes finlandais fumeurs, âgés de 60 à 69 ans et suivis durant 13 ans, le risque d’un accident vasculaire cérébral de nature ischémique sans modifier le risque d’hémorragie cérébrale ou méningée.[13] Cette étude est contestable car la consommation de café fut vérifiée seulement lors de l’entrée dans l’essai et rien ne prouve qu’elle n’ait pas changée durant les 13 années de suivi

Toutes ces études d’observation tendent à montrer que non seulement la consommation de café est, à l’exception peut être des femmes enceintes sans aucun risque pour la santé.



Les conclusions de celles qui montrent une diminution de la mortalité globale liée principalement à une réduction de la mortalité cardio vasculaire sans augmentation des autres causes de mortalité ne permettent pas, comme toutes les études d’observation non randomisées, d’affirmer une relation de causalité entre la mortalité et la consommation de café, mais une forte association.

L’étude des relations entre la santé et le café suscite trois remarques importantes :

  • En premier lieu :

Toutes ces études comportent des biais. Elles reposent sur les déclarations, dont l’exactitude ne peut être vérifiée, des sujets qui participent à l’enquête et sont interrogés sur leur consommation.

La consommation de café varie selon les pays. En France elle est de 6 kilogrammes par personne .En Europe ce sont les pays scandinaves les plus grands consommateurs (11 kilogrammes par personne) et c’est en Italie qu'elle est la plus faible (4kilogramme).
Le plus souvent les questions portent sur la consommation de café et non sur la consommation de caféine qui varie d’une boisson à l’autre (thé, café, soda), du mode de préparation du café et du volume de la tasse et aussi de l’âge : les sodas sont la source principale de caféine chez les adolescents.

En raison de la multiplicité de ces facteurs, il est difficile de déterminer la consommation de caféine d’un individu.

Par exemple une récente étude conduite en Australie montre que les variations de la teneur en caféine d’un expresso, acheté dans un café, vont de 25 mg à 214mg pour une moyenne de 106 mg. [14]

La consommation moyenne de caféine des habitants des Etats Unis était en 1998 de 193 milligrammes par jour provenant : du café 71%, des sodas 16% et du thé 13%. [15]

  • En second lieu:

Est ce la caféine ou un autre composant de la boisson qui explique les données cliniques ?



En effet, la consommation de café décaféiné peut conduire à des résultats cliniques qui reproduisent en les atténuant ceux observés avec les cafés non décaféinés.[16]

Pour expliquer l’effet du café décaféiné les propriètés antioxdantes et anti inflammatoires du café et les polyphénols du thé ont été évoquées.[17]

  • En dernier lieu:

Tous les consommateurs réagissent ils de manière identique à la consommation de café ?
On sait depuis longtemps que les effets du café sur la vigilance varient d’un sujet à l’autre expliquant pourquoi certaines personnes ne peuvent prendre du café le soir sans courir le risque d’une insomnie. On sait également que ces variations sont en grande partie liées à l’existence dans la population de deux génotypes des enzymes qui métabolisent la caféine. Il existe donc deux groupes de sujets les uns métabolisent rapidement la caféine et les autres lentement. Il est possible que les risques vasculaires coronariens soient plus fréquents chez les sujets qui métabolisent lentement la caféine. [18]

Conclusion

  1. Les risques pour la santé de la consommation modérée de café ont certainement été surestimés par le passé.
  2. La plupart des études publiées ces dix dernières années sont, malgré leurs imperfections évidentes, rassurantes et tendent à montrer que la consommation de café est associée à une amélioration de la santé cardio-vasculaire et ne favorise pas le développement d’un cancer.
  3. Il est cependant possible qu’une consommation importante (supérieure à 4 tasses de café par jour) soit un facteur de risque coronarien chez les sujets qui métabolisent lentement la caféine (probablement ceux qui ne peuvent s’endormir s’ils ont pris du café le soir)

Notes

[1] Rosner S A and al. Coffee consumption and risk of myocardial infarctionamong older Swedish. Am J Epidemi. 2007; 165:288-293.

[2] Wyngaarden J B, Smith L H Tetxtbook of medicine 18th edition 1988 W B Saunders Philadelphia.

[3] Willett W C and al Coffee consumption and coronary disease in women. A ten year follow-up. JAMA 1996 ;275 : 458-462.Naganuma T and al Coffee consumption and the risk of colorectal cancer ; a prospective cohort study in Japon. Int J Cancer 2007 ; 120 :1542-7.

[4] Ganmaa D and al. Coffee tea, caffeine and risk of breast cancer : a 22 year follow-up. Int J Cancer 2008; 122 : 2071-6.

[5] Weng X and al. Maternal caffeine consumption during pregnancy and the risk of miscarriage: a prospective cohort study. Am J Obstet Gynecol. 2008.198:279.e1-279.e8.

[6] Bech B H and al. Coffee and fetal death: a cohort study with prospective data. Am J Epidemi. 2005; 162:983-990

[7] Benedetti M D. Smoking, alcool, and coffee consumption preceding Parkinson’s disease. Neurology 2000; 55:1350-1358.

[8] Hino A. Habitual coffee but not green tea is inverselyassociated with metabolic syndrome. An epidemiological stydy in a general Japanese population. Diabetes Res Clin Pract. 2007; 76:383-389.

[9] Date I H. and al . The relationship beetween green tea and total caffeine intake for self reported type 2 diabetes among Japanese adults. Ann Intern Med 2006; 144:554-62.

[10] Bidel S. Coffee consumption and risk of total and cardiovascular mortality among patients with type 2 diabetes. Diabetologia. 2006; 49:2618-26

[11] Happonen P. and al. Coffee consumption and mortality in a 14 year follow-up of an elderly northern Finnish population. Br J Nutr 2008; 99:1354-61

[12] Lopez-Garcia E and al. The relation of coffee consumption with mortality. Annal Inter med 2008.148:904-914.

[13] Larsson S C. Coffee and tea consumption and risk of stroke subtypes in male smokers. Stroke. 2008 ; 39 :1681-1687.

[14] Desbrow B . An examination of consumer exposure to caffeine from retail coffee outlets. Food Chemical Toxicology 2007 ;9 :1588-92.

[15] Frary C D. and al. Food sources and intakes of caffeine in the diets of persons in the United States. J Am Diet Assoc. 2005; 105:110-3

[16] Lopez-Garcia E and al. The relation of coffee consumption with mortality. Annal Inter med 2008.148:904-914.

[17] Lopez- Garcia E. and al. Coffee consumption and markers of inflammation and endothelial dysfunction in healthy and diabetic women. Am J Clin Nutr 2006 ; 84 :888-893.

[18] Cornelis M C. Coffee,CYP1A2 genotype and risk of myocardial infarction. JAMA. 2006; 295 : 1135-1141.