Une thérapeutique préventive vaccinale vis-à-vis des infections liées à Escherichia coli serait elle possible ? [1]

Les deux toxines d’Escherichia coli, l’une thermolabile, l’autre thermo stable, sont responsables en moyenne de 50% des diarrhées observées chez les voyageurs. La toxine thermolabile est responsable des deux tiers des infections. La transmission est soit directe manu portée soit indirecte par les boissons et les aliments. La diarrhée dure de 4 à 5 jour entraînant par épisode en moyenne 18 selles aqueuses non sanglantes non glaireuses.

Les précautions d’hygiène évitent de nombreuses contaminations mais peuvent être oubliées et sont, les données épidémiologiques le montrent, insuffisantes pour éviter toutes les contaminations qui menacent les voyageurs en région tropicale.

Sachant que la toxine thermolabile d’escherichia coli est structurellement proche de la sous unité B de la toxine cholérique, le vaccin anticholérique pourrait avoir une efficacité vis-à-vis des diarrhées liées à ce germe. Le vaccin BS-WC (Dukoral) a fait l’objet de quelques études qui ont montré une faible efficacité.[2]

Lorsque la diarrhée des voyageurs adultes est grave un traitement antibiotique par la Ciprofloxaxine à la dose de 500 milligrammes deux fois par jour durant 3 jours peut être entrepris. La toxine thermolabile est trop toxique pour être prescrite par voie orale, parentérale ou nasale. La voie cutanée restait possible pour l’utilisation d’un vaccin.




Un essai de phase 2 utilisant cette voie a été réalisé, non pour démontrer l’efficacité du vaccin mais pour évaluer sa faisabilité, vérifier la logistique mise en œuvre, contrôler la sécurité du produit et recueillir les données permettant de réaliser un essai de plus grande envergure avec un nombre suffisant de patients, pour déterminer le niveau d’efficacité de ce produit. [3]

L’expérimentation a porté sur 59 sujets ayant reçu le vaccin à deux reprises (au minimum trois et une semaine avant leur départ pour le Mexique ou le Guatelama) sous la forme d’un patch posé sur la peau du bras, après une dermo abrasion douce,puis laissé en place durant 6 heures. Le vaccin contenait la toxine thermolabile (37.5 µg) dont le pouvoir immunogène devait être évalué. Cent onze sujets ont reçu après randomisation et dans des conditions expérimentales identiques un placebo.

Un programme permettant le suivi de tous les sujets portait sur l’existence ou non d’une diarrhée dont la durée, la gravité étaient évaluées.

La réponse immunologique après vaccination était très élevée et significativement différente de celle des sujets ayant reçu le patch placebo.

Les analyses de selles recherchèrent les agents enteropathogènes.

Une diarrhée liée à escherichia coli fut observée chez 22% des sujets ayant reçu un placebo, 11 étaient liés à escherichia coli. (soit 50% des diarrhées chez 10% des sujets)

La fréquence des diarrhées à escherichia coli fut de 3/59 chez les sujets vaccinés et de 11/111 chez les autres. Les diarrhées furent moins sévères et moins longues chez les sujets vaccinés

Les effets secondaires furent principalement cutanés : prurit et rash (différence significative)

Conclusion

  • Cette étude montre qu’une vaccination par voie cutanée permet d’obtenir une réaction immunologique satisfaisante et atténue la gravité et la durée des symptômes
  • L’efficacité préventive de cette vaccination reste à démontrer par un large essai de phase 3.


  • L’utilité de ce vaccin concernera les voyageurs mais plus encore les enfants des pays d’Asie et d’Afrique qui pourraient être efficacement protégés par une vaccination contre les rotavirus, contre le choléra et peut être contre escherichia coli à la condition que le prix de ces vaccins ne soit pas un obstacle à leur diffusion.

Notes

[1] World Health Organisation. Nouveaux développements dans la mise au point de vaccins contre les infections à E.coli entéro-toxinogène (ETEC) et entéro hémorragique ( EHEC). Relevé épidémiologique hebdomadaire 1999 ;74 : 98-101

[2] Landry P. Diarrhées et vaccins. Rev Med Suisse. 2006 ; 65 ;1420-4.

[3] Frech S.A. and al. Use of a patch containing heat labile toxin from Escherichia coli against travellers’diarrhoea : a phase 2, randomised, double blind, placebo-controlled field trial. Lancet 2008;371: 2019-25