La consommation de compléments alimentaires augmente d’année en année. Ce comportement est inutile pour beaucoup d’acheteurs dont l’alimentation est équilibrée et qui profitant des rayons du soleil disposent d’un taux de vitamine D suffisant pour leurs besoins osseux. Ces compléments sont utiles à ceux qui pour des raisons médicales suivent des régimes restrictifs; à ceux, de plus en plus nombreux dont les moyens financiers sont insuffisants pour équilibrer leur alimentation; enfin à ceux qui par goût consomment peu de légumes et de fruits.



Dans les années à venir l’enrichissement de nos connaissances nutritionnelles conduiront probablement à individualiser notre alimentation en fonction : de nos besoins physiologiques qui sont liés à l’âge, à l’existence ou non d’une pathologie, aux activités physiques , au climat ; de nos possibilités de trouver à un prix raisonnable et localement les moyens de satisfaire ces besoins ; de nos goûts de nos penchants et de la recherche justifiée des plaisirs gastronomiques.

En outre il est possible que la recherche dans ce domaine conduise à privilégier chez des personnes à risque des comportements alimentaires spécifiques. Par exemple, la consommation d’alcool ou d’une boisson alcoolique spécifique pourrait être aussi utile à la santé vasculaire que la consommation de certains médicaments et permettrait à l’assurance maladie de mieux gérer les moyens financiers attribués au système de soins.



Actuellement une multitude de travaux épidémiologiques affirment les bienfaits de la consommation de vin et de chocolat pour réduire la mortalité globale et améliorer la santé vasculaire , notamment coronarienne.



Néanmoins manquent encore les études expérimentales et cliniques susceptibles de convaincre les spécialistes de la santé publique responsables du programme national nutrition santé.

Par exemple : Est ce l’alcool ou les autres constituants des boissons alcooliques qui sont bénéfiques aux coronaires ? Pour les viticulteurs partisans du « French paradox » ce sont les constituants du vin et non l’alcool qui préservent la santé vasculaire, mais de nombreuses études épidémiologiques effectuée avec d’autre boissons alcooliques que le vin donnent des résultats souvent comparables. Une publication récente expose les hypothèses susceptibles d’expliquer les constats épidémiologiques et les recherches nécessaires pour les vérifier.[1]

L’intérêt de ces recherches n’est pas seulement académique, car il est raisonnable de penser que la découverte d’une ou de plusieurs substances qui confèrent aux boissons alcoolisées un effet protecteur vasculaire pourrait conduire à privilégier chez des personnes dont le risque vasculaire serait élevé la consommation d’un complément alimentaire d’un coût modeste apportant ces éléments protecteurs.
Ce complément pourrait, chez une partie des personnes à risque, remplacer avantageusement, en particulier en prévention primaire des médicaments, comme les statines, dont l’utilité dans cette indication est discutable et le coût pour la collectivité très élevé.



Aujourd’hui on sait que la consommation régulière mais modérée d’une boisson alcoolisée augmente le taux de HDL cholestérol et la sensibilité à l’insuline. Après un infarctus du myocarde une consommation modérée d’alcool offre une protection similaire à celle des médicaments [2]

Les effets bénéfiques d e la consommation de vin rouge ne concernent pas seulement les coronaires mais aussi les accidents vasculaires ischémiques dont la fréquence est diminuée.

Des études observationnelles ont montré que certaines ethnies qui consomment une quantité importante de cacao ont une faible incidence d’hypertension artérielle et une faible mortalité cardiovasculaire. Une similarité des effets du chocolat noir et du vin rouge est donc observée qui pourrait être liée à la richesse de ces deux produits en polyphénols tels les flavones.

Les flavones sont un groupe de substances naturelles présents dans le thé les fruits et certains légumes. Chocolat noir, et jus de pamplemousse sont riches en flavanoïdes notamment en procyanidines



Les taux de flavones varient dans le chocolat et le vin en fonction des techniques de vinification et de fabrication du chocolat.. C’est ainsi que le vin blanc contient peu de procyanides car la fermentation du jus de raisin se fait sans les composés pelliculaires particulièrement la peau et les pépins des raisins d’ou dérivent les flavones. Plus la durée de la fermentation est longue plus le taux des procyanidines qui sont faiblement solubles augmente dans les vins rouge.

La fabrication du chocolat noir notamment la fermentation des fèves conduit à une disparition progressive des procyanidines. Au total la teneur des vins et du chocolat en flavones varie beaucoup, mais n’est pas précisément connue ce qui enlève une grande valeur aux recommandations alimentaires générales « Mangez un peu de chocolat noir et buvez un verre de vin rouge chaque jour »
L'activité biologique des flavones du vin rouge et du chocolat noir sur les cultures de cellules endothéliales semble liée aux procyanidines qui ont un effet vasodilatateur en agissant sur des récepteurs spécifiques aux procyanidines et qui inhibent l’agrégation plaquettaire . L’activité des polyphénols est difficile à démontrer in vivo. Cependant des études ont montré qu'elles pouvaient accroître le débit sanguin de l’avant bras.



Des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer :

  • En premier lieu : l’effet comparatif de l’alcool et des polyphénols sur la fonction endothéliale et l’agrégation plaquettaire ;
  • En second lieu : les effets comparatifs sur l’utilité pour la santé humaine des multiples flavanoïdes. Cet objectif suppose de disposer d’indicateurs de la fonction endothéliale permettant d’identifier les sujets à haut risque vasculaire afin d’évaluer chez des volontaires l’effet de plusieurs polyphénols utilisés à des doses différentes.

Conclusions

  • L’effet protecteur du risque vasculaire des boissons alcoolisées et du chocolat noir semble réel au vu de multiples études épidémiologiques.
  • De nombreuses inconnues persistent sur l’effet clinique comparatif des nombreuses formes chimiques des polyphénols auxquels sont attribués les effets vasculaires bénéfiques de ces deux produits.
  • La qualité et la quantité de ces polyphénols présents dans le vin rouge et le chocolat noir varient en fonction de la vinification et des procédures de fabrication industrielle.

Notes

[1] Corder R Red wine, chocolate and vascular health : developing the evidence base Heart 2008 ; 94 :821-823

[2] de Lorgeril M and al Wine drinking and risks of cardiovascular complications after recent acute myocardial infarction. Circulation 2002 ; 106 : 1465-9.