De nombreuses études épidémiologiques, signés par des chercheurs français, sont publiées dans des revues anglo-saxonnes, réputées au plan international , reprises par les médias et portés à la connaissance de l’ensemble de la population, sans un accompagnement critique et sans une analyse de leur signification pour les malades et la population.



Les responsables des médias ne disposent en effet habituellement ni du temps, ni de la volonté ni parfois des compétences indispensables à une analyse critique des travaux scientifiques. Fréquemment, ils font appel aux auteurs de ces études pour qu’ils décrivent, à l’attention d’un large public, leurs travaux. Bien évidemment, les chercheurs, qui n’ont pas toujours une expérience clinique, utilisent les tribunes qui leur sont offertes pour mettre en valeur leurs découvertes et vanter leur utilité.



Le public, qui ne posséde habituellement pas l'ensemble des connaissances médicales indispensables pour décrypter les messages des experts, ne met en doute ni leur qualité ni le bien fondé des conclusions des chercheurs et contribue à leur diffusion. Ainsi se fabrique une « doxa » c'est-à-dire une opinion largement majoritaire, fondée sur des savoirs séparés (comme le dirait Edgar Morin), qui ignore d'autres savoirs, notamment cliniques, et contribue à l'elaboration des représentations mythiques de la réalité, au seul bénéfice de ceux qui utilisent leurs connaissances, pour accroître leur renommée et se procurer les ressources indispensables à la poursuite de leurs travaux.



Les chercheurs interrogés sont des spécialistes qui ont, naturellement, une vision approfondie, mais limitée, des sujets qu’ils abordent. Ils voient midi à leur porte et ne peuvent faire une synthèse des connaissances médicales sur des problèmes de santé publique, qu'ils analysent sous le seul angle de leurs recherches.

En raison de cette reconnaissance médiatique, leurs affirmations sont prises au pied de la lettre par les lecteurs ou les auditeurs. Ce qui ne surprendra personne car dans une société ou tout le monde pense, bien à tort, que le maintien et le développement de la santé reposent sur le savoir médical et la consommation de biens médicaux, notamment pharmaceutiques, il est difficile de ne pas succomber aux promesses de bien être proposées par de savants illusionnistes qui, en déformant la réalité, induisent en erreur leur public.

Malheureusement leurs conclusions peuvent être dangereuses pour la santé de la population. Deux exemples récents qui concernent la maladie d’Alzheimer et les risques d’une consommation modérée d’alcool seront analysés prochainement dans ce blog afin d’illustrer d’une part, la contre productivité à la fois médicale et économique que décrivait il a 30 ans Ivan Illich et d’autre part, la subversion de la médecine par quelques chercheurs qui, oubliant qu’ils sont au service des malades, utilisent leurs connaissances pour, aux dépens de la population ou des patients, développer leur renommée et fabriquer des malades qui s’empresseront de consommer des soins médicaux parfaitement inutiles .

Beaucoup d’autres exemples, plus anciens, de campagnes médiatiques pourraient être évoqués, notamment dans le domaine de la prévention, telles les vaccinations des adultes contre le virus de l’hépatite B, des femmes contre le cancer du col utérin, et des personnes âgées contre la grippe, qui ont suscités des centaines d’articles médicaux repris, avec enthousiasme et sans une analyse critique sérieuse, par les médias.



Plusieurs raisons expliquent pourquoi les connaissances médicales récemment acquises dans le domaine de l’épidémiologie, n’ont pas toutes une utilité sociale.



En premier lieu, la méthodologie des études pour des raisons à la fois pratiques et éthiques est rarement expérimentale et repose sur l’observation et le suivi de milliers de sujets dont les chercheurs ne connaissent qu’en partie les comportements par exemple la consommation d’alcool ou de tabac, mais dont ils ignorent les habitudes alimentaires, l’activité physique, l’état de santé, les antécédents personnels et familiaux, les modes de vie, l’environnement et enfin les conditions socio-éonomiques dont l’importance pour l’avenir de leur santé est considérable.




En second lieu ces études sont habituellement pour les malades et pour la population sans intérêt immédiat car elles ne peuvent accroître ni la qualité ni la quantité de vie, c’est le cas pour le dépistage de la maladie d’Alzheimer et l’abstinence alcoolique. Leur diffusion à l’ensemble de la population sans une information détaillée sur leur signification et leur utilité constitue donc une subversion de la médecine qui n‘est plus utilisée pour accroître la santé mais pour mettre en valeur des études et leurs auteurs.

Bien plus, leur mise en œuvre peut conduire à une dégradation du bien-être de la population. Elles constituent alors non une subversion mais une perversion de la médecine. Ces recherches peuvent accroître les connaissances sur les facteurs déterminants d’une maladie et sur son évolution. Elles peuvent donc avoir un intérêt scientifique mais elles ne devraient pas faire l’objet d’une communication dans les médias sans une analyse critique et une mise en garde sur leur généralisation et leur utilisation.



Malheureusement, trop souvent, les chercheurs qui les dispensent semblent ne se soucier ni de l’éthique ni de la déontologie, ni du bien des malades ou de la population. Leur objectif semble être d’accroître leur notoriété donc leur pouvoir, de recruter des malades dans le but de développer leurs activités ou de poursuivre leurs études, enfin d’obtenir des industriels ou de l’Etat des ressources complémentaires afin de prolonger leurs recherches.