Les maladies psycho somatiques malgré les efforts des cliniciens, des psychologues et des psychanalystes pour faire naître un concept qui aurait signé la mort du dualisme corps- esprit, sont restées des mythes.
L’existence d’une relation de cause à effet entre une souffrance psychologique ou une structure psychique et une maladie : digestive, respiratoire, cardiaque, cutanée, longtemps recherchée n’a jamais été démontrée.

Les maladies sont la conséquence d’une lésion ou d’un dysfonctionnement d’origine infectieux, inflammatoire, immunologique, traumatique, dégénératif et non d’un déterminisme psychique.



Par contre les situations au cours desquels une souffrance corporelle qui n’est pas liée à une maladie est exprimée, souvent sous la forme de douleurs, sont d’une extrême fréquence et constituent 30 à 50% des plaintes recueillies par les soignants, médecins ou non.

Les plus fréquentes affectent l’appareil digestif et concernent 30% de la population, mais les manifestations articulaires, respiratoires, cardio-vasculaires, gynécologiques, les céphalées, les troubles sexuels, la fatigue, les insomnies, sont légions.

Autrefois acceptées et négligées, elles conduisent aujourd’hui à une demande de soins et à des prescriptions médicamenteuses illogiques puisque destinées à des sujets dont le corps est sain. Un mal-être accompagne souvent ces plaintes somatiques dont l’origine est en apparence liée : aux difficultés de la vie sociale, familiale, professionnelle du sujet à son environnement à des contraintes économiques, aux deuils des projets avortés et des espérances déçues ; à son histoire personnelle ou familiale aux traumatismes infantiles (20% des femmes qui ont des troubles digestifs chroniques ont subi des violences sexuelles souvent incestueuses).

Une structure névrotique hystérique explique parfois l’apparition de troubles somatiques, classiquement connus sous le nom de symptômes de conversion.

Médicaliser ces symptômes, par la recherche ou l’invention d’une maladie, les traiter par des médicaments psychotropes sont les réponses les moins adaptées aux besoins des sujets. La seule attitude apaisante, dont pourtant l’apprentissage n’a pas sa place dans les programmes de formation des soignants, est l’écoute attentive et approfondie par le soignant de la parole du patient.

La guérison est rare, souvent les symptômes régressent ou même disparaissent pour réapparaître ou être remplacés par d’autres. Leur persistance est explicable parfois par les avantages matériels et psychologiques qu’ils procurent aux patients. Mais lorsque les sujets ont pu exprimer leur souffrance psychique et corporelle ont compris que leurs troubles sont "une manière d'être au monde" qu’ils sont liés à leur vie et à leur histoire familiale et personnelle, qu’ils ne sont pas la conséquence d’une maladie, ne seront jamais améliorés durablement par des médicaments, qu’ils ne peuvent ni se compliquer ni s’aggraver, leur état clinique souvent s’améliore.

Ceux dont les troubles persistent ou sont insupportables, bénéficieront d’une rencontre avec un psychologue.

Si les maladies psychosomatiques n’existent pas, si les plaintes somatiques qui ne correspondent pas à une maladie sont observées quotidiennement par les praticiens, nul n’ignore le troisième volet des relations entre le corps et l’esprit : les maladies lorsqu’elles sont graves ou chroniques peuvent profondément affecter un malade, là encore une relation malade soignant sera beaucoup plus utile et efficace que la prescription d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques. Elle seule peut libérer le malade de son angoisse l’aider dans les cas les plus graves à parler de sa mort et à la préparer, ailleurs d’accepter de vivre avec et non contre ou à coté de sa maladie.



Le placebo est un objet inerte ne possédant aucune activité pharmacologique réservé à la réalisation des essais médicamenteux.

L’effet placebo caractérisé par une amélioration des symptômes corporels et psychiques dont se plaignent les patient (ou son inverse l’effet nocebo qui conduit à une aggravation ou à l’apparition de nouveaux symptômes) est observé après la prescription de médicaments mais également lors de la mise en œuvre de toutes les médecines alternatives, des interventions et des techniques de soins de la médecine classique.



Ajoutons que la relation avec un médecin faisant preuve d’empathie, disponible pour écouter, acceptant de répondre aux questions, informant le patient sur ses propositions diagnostiques et thérapeutiques, mettant en œuvre les décisions du malade est toujours à l’origine d’un effet placebo car de cette relation émane une confiance apaisante.



Expérimentalement les placebos ont des effets mesurables : ils peuvent ralentir ou accélérer le rythme cardiaque, faire courir plus vite les athlètes, abaisser la tension artérielle et des effets subjectifs sur les douleurs, les céphalées, les troubles digestifs, sexuels respiratoires etc.… Ils agissent sur la plupart des patients pour lesquels ils constituent la promesse d’une amélioration.

Expérimentalement l’effet placebo peut être mesuré sans recourir à un placebo en utilisant un médicament dont l’efficacité est certaine (par exemple de la morphine pour calmer une douleur postopératoire, ou un bêta bloquant pour ralentir le rythme cardiaque) Le médicament est injecté à l’insu ou non du malade.

Dans ces conditions l’effet placebo apparaîtra à trois conditions : le patient doit savoir qu’un traitement a été institué, le médecin prescripteur doit l’avoir dit, le malade doit croire à l’efficacité du médicament.

Si le médicament est donné à l’insu du patient l’effet placebo n’apparaît pas.

De plus lorsque le patient sait qu’un traitement par la morphine a été interrompu il souffre davantage que celui qui ne le sait pas.

En pratique les effets placebos n’apparaissent que lorsque le sujet à foi dans le médicament, ils sont également fonction de la force de persuasion du prescripteur et de sa capacité à suggérer une amélioration.

Mais comment les placebos agissent-ils ? Les techniques d’imagerie cérébrale qui montrent leur point d’impact au niveau du cerveau, le constat de la libération d’endorphines permettent de saisir les mécanismes physiologiques en cause mais ne peuvent expliquer leur déclanchement. Ils posent la question des relations entre le corps et l’esprit car ils n’agissent que sur des sujets conscients et informés de leur prescription.

Utilisés à l’insu des malades, ils sont sans effet. Le mécanisme des effets des placebos est donc bien psychologique. Le plus souvent une relation et la parole du prescripteur initient un effet placebo qui persistera durant des années et pourra même se transmettre d’une génération à l’autre (une mère peut aisément convaincre ses enfant de l’efficacité d’un médicament placebo) mais il suffit aussi parfois de la lecture d’un magazine pour acheter un placebo dont les effets s’ils apparaissent seront pérennes. L’effet placebo est capricieux et n’apparaît que chez certains sujets qu’une analyse psychologique ne permet pas de définir.

Au total si les maladies psychosomatiques sont des constructions philosophiques, les conséquences corporelles d’une souffrance de l’esprit ou l’inverse sont constantes. L’effet placebo de la relation, de l’écoute, de la parole est un outil dont la plupart des soignants, faute d’une formation, ignorent la puissance inouïe qui en pratique médicale devrait se substituer à la prescription recommandée par les industriels et réclamée par les patients mais inutile et non sans risque d’une multitude de médicaments efficaces ou non et notamment de la plupart des psychotropes