TOUT CHANGE

Lorsque J’ai commencé à exercer mon métier en 1954, les moyens diagnostiques ou thérapeutiques étaient rares et leur efficacité limitée à l’exception des antibiotiques. Depuis 60 ans les changements techniques en médecine ont été considérables.

  • # Les interventions chirurgicales par cœlioscopie évitent les incisions raccourcissent les séjours hospitaliers et diminuent la fréquence des complications.
  • # La radiologie interventionnelle évite de nombreuses interventions chirurgicales sur les vaisseaux sanguins par exemple : les artères coronaires, les angiomes cérébraux, les artères carotidiennes , les anévrysmes de l’aorte abdominale.
  • # Les greffes rénales cardiaques pulmonaires hépatiques pancréatiques sauvent chaque année des milliers de malades.
  • # Les prothèses de hanche, de genou permettent chaque année à des dizaines de milliers de patients de retrouver une mobilité perdue.
  • # Des médicaments innovants ont amélioré l’évolution des maladies cardiovasculaires, neurologiques, infectieuses, pulmonaires, les contraceptifs ont changé la vie des femmes, les antibiotiques et les vaccinations furent une révolution qui a considérablement diminué la mortalité infantile. Pensons notamment à la vaccination contre la poliomyélite qui a fait disparaître la maladie alors qu’en 1957 une épidémie avait tué ou gravement handicapés des milliers de malades. Les traitements des maladies chroniques ont progressé en efficacité même s’ils ne permettent leur guérison : l’asthme, le diabète, les pathologies endocriniennes ou inflammatoires digestives ou rhumatismales sont maintenant accessibles à plusieurs classes de médicaments. Certaines cancers et des maladies du sang autrefois constamment mortelles peuvent être guéris.
  • # Le développement des dispositifs médicaux : le rein artificiel, les défibrillateurs, les stimulateurs cardiaques, les pompes à insuline, les bio prothèses valvulaires, les appareils de ventilation artificielle, les implants vasculaires ont sauvé ou maintenus en vie des malades
  • # Les techniques d’imagerie ; échographie, scanners, IRM qui permettent la transparence corporelle ont facilité la recherche diagnostique, mais se sont substituées à l’écoute du malade et à l’examen clinique au lieu d’être des moyens complémentaires d’information.
  • # Les explorations du fonctionnement des appareils cardiaque, respiratoire, sensoriels, urinaire endocrinien métaboliques ont été considérablement perfectionnés.
  • # La multiplication des examens biologiques rendue possible par une connaissance approfondie des métabolismes cellulaires a permis de reconnaître facilement les anomalies du fonctionnement des appareils (endocrinien, cardiovasculaire…), des organes (le foie, le rein, la thyroïde…) et des mécanismes en cause dans l’apparition d’un symptôme. Par exemple : une inflammation, une pathologie héréditaire, un cancer, un trouble métabolique.

RIEN NE CHANGE

1° La formation des médecins est toujours exclusivement biologique excluant les sciences humaines et de la communication. Ce modèle biomédical forme des médecins capables de traiter les maladies mais ne les prépare pas à prendre soin des malades, forme correctement des spécialistes mais ignore celle des médecins généralistes qui devraient gérer les soins primaires et répondre à 90% des demandes des malades puis suivre et coordonner les soins délivrés par les spécialistes et dans les structures hospitalières. Il est urgent de promouvoir un modèle de formation clinique, qui préparerait les futurs médecins à une relation médecin –malade fondée sur l’écoute la disponibilité, l’échange et l’examen clinique et non sur des données biologiques ou d’imagerie.



2° Les décisions médicales alors que plusieurs attitudes et thérapeutiques sont disponibles sont encore dans la majorité des cas l’expression des préférences des médecins. Le jour est encore lointain, où les malades pourront choisir les conduites à tenir, car ils seront correctement informés des possibilité diagnostiques et thérapeutiques , de leurs bénéfices et de leurs risques.



3° Les excès de prescription que j’ai décrits dans deux articles du « Monde » en Janvier 1970 intitulés « La surconsommation médicale » puis dans un rapport de la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie en 1992, non seulement persistent mais s’accroissent et sont à l’origine d’effets indésirables parfois graves et de décès évitables dont le nombre est imprécis mais probablement pas inférieur à 20 000 et d’un gâchis financier qui concerne 30% des activités de soins conduisant à un total théorique de 55 milliards d’euros de dépenses inutiles.

4°Les difficultés d’accès aux soins ne sont toujours pas résolues pour deux raisons

  • Certes en 1954, il y avait neuf ans que le Conseil National de la résistance avait imposé la création de l’assurance maladie qui fixait, pour les syndicats médicaux acceptant de signer une convention départementale avec cette institution, acceptaient aussi un tarif des honoraires . Cette réglementation, à laquelle s’étaient opposés, depuis les années 30 les syndicats, est depuis plusieurs années contournée par les médecins, notamment les spécialistes, qui ont le droit de dépasser les tarifs conventionnels. (Notons aussi que les mêmes syndicats refusent pour l’avenir la généralisation du tiers payant qui pourtant faciliterait aux malades économiquement défavorisés l’accès aux soins).
  • Les décisions réglementaires prises par l’assurance maladie pour maitriser ses dépenses si elles ont été efficaces financièrement ne permettent plus à une part de ceux qui ne disposent pas d’une assurance maladie complémentaire, d’être correctement remboursés et conduisent une autre part des français à réduire les dépenses toujours croissantes des cotisations en choisissant des contrats d’assurance complémentaire moins onéreux, mais qui couvrent moins bien les risques de maladie et les dépassements d’honoraires. Des millions de français éprouvent de grandes difficultés pour accéder aux soins. La loi de généralisation de l’assurance complémentaire sera utile aux salariés mais ne concernera pas les chômeurs de longue durée ou les retraités dont les difficultés d’accès aux soins persisteront.




5° La France n’a toujours pas un système de soins mais un appareil de distribution des soins. Les soins ambulatoires sont délivrés, comme il y cent ans par des « petits commerçants libéraux », travaillant isolément incapables, pour des raisons d’organisation, de garantir le suivi des soins et leur coordination. Les soins ne peuvent être de bonne qualité en raison de l’absence d’une organisation des soins primaires qui seraient délivrés par des groupes multidisciplinaires de soignants capables de répondre en permanence à 90% des demandes initiales de soins et à la plupart des urgences non vitales.