> En 2003, le ministre de la santé annonçait la création et la généralisation du Dossier Médical Personnel (DMP) et partagé dans un délai de deux ans. En 2014 après des dépenses évaluées entre 200 et 500 millions d’euros on compte moins de 500 000 dossiers qui pour la plupart ne contiennent pas les informations médicales indispensables à la continuité des soins. Cet échec témoigne de la non prise en compte par les responsables administratifs et les décideurs politiques de la résistance au changement qui est observée dans toutes les professions notamment artisanales et libérales lorsque de nouveaux outils apparaissent qui bousculent les habitudes et exigent une modification des comportements.


Un exemple éclairant est celui de la carte Vitale Sesame qui 15 ans après sa généralisation à l’ensemble des bénéficiaires de l’assurance maladie n’était pas en 2014 utilisée par 25% des médecins spécialistes et 9% des généralistes qui lui préfèraient les feuilles de soins papier.

Dans le domaine de la santé ces nouvelles technologies d’information et de communication en constant développement ont été reçues avec des réticences par les professionnels des soins parce qu’elles modifient les us et coutumes informelles qui règlent les activités quotidiennes et les relations avec les malades, mettent à jour des comportements inadaptés aux besoins des patients, permettent une évaluation des pratiques et leur transparence et contraignent les professionnels au respect de normes nouvelles.



En dépit de ces obstacles culturels elles se développeront car elles sont indispensables à une organisation rationnelle des soins qui est la clé d’une l’amélioration de leur qualité médicale et économique et permettra de répondre plus rapidement et complètement aux besoins de soins et d’information des malades.

L’informatisation des pratiques de soins faciliterait la continuité et la coordination des soins en facilitant, par le partage d’information, les relations entre tous les professionnels de santé qui contribuent aux soins des malades.
Ainsi seraient évitées :

  • la redondance des examens ;
  • la plus grande partie de la consommation des films médicaux utilisés en radiologie (les images étant disponibles dans des serveurs informatiques informatique en nuage : cloud computing ) ;
  • les interactions dangereuses des prescriptions médicamenteuses ;
  • minimisés les déplacements des malades ;
  • réduits les délais d’attente d’une consultation ;
  • diminué le nombre donc les risques et les coûts des hospitalisations ;
  • remédié par la télémédecine aux défauts de la démographie médicale.



Actuellement l’informatisation des soins est limitée. Les professionnels travaillent « en silo », autrement dit en cloisonnant les informations et les données qu’ils produisent, mais rarement en réseaux . Le concept « d’hôpital étendu », en liaison permanente avec les professionnels des soins et les structures de soins situés en amont et en aval, est encore une utopie.

Ce passage de l’entreprise (ou du service hospitalier) en silo à l’entreprise en réseaux (par exemple : d’un hôpital à un autre ou du médical au médico-social) est indispensable à la continuité et à la coordination des soins mais est très loin d’être réalisée

Dans les hôpitaux le recueil séparé des informations qui concernent la gestion administrative des malades et celui des données cliniques en partie liée à l’incompatibilité des logiciels conduisent à multiplier les demandes de renseignement auprès des malades.



Le dossier patient n’est pas partout informatisé, et lorsque c’est le cas il contient rarement tous les dossiers : clinique, infirmier, radiologique, biologique, médicamenteux.
La communication entre les professionnels notamment le médecin traitant est difficile et jusqu'à récemment n'était pas sécurisée.



Les comptes rendus d’hospitalisation qui devraient précéder sur l’ordinateur du médecin traitant le retour au domicile des malades qu’il est chargé de suivre, surviennent par voie postale 15 jours plus tard.
En médecine ambulatoire les praticiens disposent de logiciels d’aide à la prescription et à la rédaction des leurs ordonnances, ils peuvent informatiser leurs dossiers patients mais ont des difficultés réelles pour communiquer facilement et rapidement avec leurs collègues hospitaliers, les autres professionnels de santé et les malades à distance. Au Danemark les médecins généralistes commencent leur journée en répondant aux courriels des malades.



Les modalités de paiement des actes de la télémédecine ne sont pas établies et constituent un obstacle majeur à son développement ( c’est un argument supplémentaire à la suppression du paiement à l’acte).



Pour que l’informatique prenne toute sa place dans les soins et tienne les promesses d’amélioration de la qualité des soins dont elle est porteuse, c’est une révolution médicale et culturelle davantage que technique qui est nécessaire.

__L’informatisation des pratiques médicales si elle était acceptée et promue par les professionnels ne tarderait pas à démontrer ses bénéfices : la dématérialisation de nombreuses procédure et la production de soins en réseaux éviteraient des pertes de temps et d’argent, des gains de sécurité pharmaceutique ,mais aussi et surtout une suppression d’une partie des contraintes que les malades doivent subir pour être soignés : des appels répétés pour obtenir un rendez vous, puis de longues attentes dans de sinistres et bien nommées «salle d’attente », des déplacements parfois longs et pénibles surtout pour les personnes âgées, l’obligation de répéter à tous les soignants consultés l’histoire de leur maladie.

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Pourtant des dispositifs sont disponibles mais peu ou mal utilisés : la messagerie sécurisée, ,le volet de synthèse médicale, la télémédecine, le dossier pharmaceutique, le dossier médical personnel, permettraient d’améliorer les conditions de travail de tous les professionnels de santé , l’efficacité et l’efficience de leurs activités, produiraient des gains de temps qui faciliteraient l’ accès aux soins et donneraient aux soignants davantage de disponibilité pour écouter et informer les malades.

La messagerie sécurisée pour tous les professionnels de santé.



MSSanté, est le nom du système mis en place par les pouvoirs publics avec l'ensemble des Ordres professionnels afin de développer les messageries sécurisées de santé. Ces messageries doivent permettre à tous les professionnels de santé d'échanger entre eux par email, rapidement et en toute sécurité, des données personnelles de santé de leurs patients (compte-rendu de consultation ou d'hospitalisation, résultats d'analyses ou tout document d'information jugé utile à la prise en charge coordonnée du patient), dans le respect de la réglementation en vigueur.

L'utilisation de MSSanté simplifie les échanges entre professionnels de santé, dans l'intérêt du patient. L'envoi par courrier électronique sécurisé est rapide, sûr et confidentiel. Il contribue ainsi à améliorer la coordination des parcours et les coopérations entre professionnels de santé de différentes disciplines. MSSanté opérationnel depuis Juillet 2014 possède un annuaire commun et certifié de l'ensemble des professionnels de santé.

Le volet de synthèse médicale

Le Volet de Synthèse Médical est une fiche de synthèse informatisée, conforme aux standards techniques et aux référentiels médicaux, conçue pour être jointe au dossier médical personnel (DMP),contenant : des renseignements administratifs : coordonnées du patient et du médecin traitant, date de mise à jour ;des renseignements cliniques: pathologies en cours, antécédents personnels (comprenant allergies et intolérances médicamenteuses), facteurs de risque (antécédents familiaux, facteurs de risque liés au mode de vie - alcool, tabac, activité physique, alimentation-, facteurs de risque professionnels) ; les traitements au long cours ; les points de vigilance qui doivent être surveillés.



Dans l’urgence, pour être facilement accessible donc éviter au médecin urgentiste,au médecin de garde ou au régulateur du Samu, de passer du temps à consulter la totalité du DMP. Ce volet serait la page d’accueil donnant en quelques lignes les informations immédiatement indispensables : l’identité du médecin traitant, les antécédents médicaux et chirurgicaux, les allergies, les facteurs de risques et les traitements chroniques du patient. Les éditeurs de logiciels des professionnels de santé ont adapté leurs solutions de manière à ce que les médecins traitants soient capables, rapidement, de réaliser ce volet de synthèse qui serait alors rempli automatiquement à partir des données déjà contenues dans leurs propres logiciels, sans double saisie.

La télémédecine

Selon la loi Hôpital, patients, santé et territoire du 21 juillet 2009 (Art. L. 6316-1) la télémédecine est une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication.
Elle met en rapport, entre eux ou avec un patient, un ou plusieurs professionnels de santé, parmi lesquels figure nécessairement un professionnel médical et, le cas échéant, d’autres professionnels apportant leurs soins au patient.« Elle permet d’établir un diagnostic, d’assurer, pour un patient à risque, un suivi à visée préventive ou un suivi post-thérapeutique, de requérir un avis spécialisé, de préparer une décision thérapeutique, de prescrire des produits, de prescrire ou de réaliser des prestations ou des actes, ou d’effectuer une surveillance de l’état des patients ».

Cinq modalités de télémédecine sont décrites et reglementées



• La téléconsultation : un médecin donne une consultation à distance à un patient, lequel peut être assisté d’un professionnel de santé. Le patient et/ou le professionnel à ses côtés fournissent les informations, le médecin à distance pose le diagnostic. La télé prescription par une ordonnance électronique est sa conclusion logique

• La télé expertise : un médecin sollicite à distance l’avis d’un ou de plusieurs confrères sur la base d’informations médicales liées à la prise en charge d’un patient. Cette technique permet par exemple en l’absence dans un hôpital d’un médecin qualifié en radiologie de réaliser avec l’appui d’un manipulateur en électro radiologie une echographie ou un scanner qui seront interprétés par un expert à distance (télé radiologie)

• La télésurveillance médicale : un médecin surveille et interprète à distance les paramètres médicaux d’un patient (par exemple : tension artérielle , taux de glycémie, poids rythme respiratoire). L’enregistrement et la transmission des données peuvent être automatisées ou réalisées par le patient lui-même ou par un professionnel de santé. On peut en rapprocher la télé vigilance qui minimise les risques liés à l’isolement

• La téléassistance médicale : un médecin assiste à distance un autre professionnel de santé au cours de la réalisation d’un acte.

• La régulation médicale : les médecins des centres 15 établissent par téléphone un premier diagnostic afin de déterminer et de déclencher la réponse la mieux adaptée à la nature de l’appel.

Connue et mise en œuvre depuis des décennies, la télémédecine a suscitée en France des centaines d’expérimentations parmi lesquelles : l’accompagnement des insuffisants cardiaques qui a démontré sa capacité à réduire le nombre des hospitalisations : le dépistage de la rétinopathie des diabétiques leur évitant une consultation spécialisée ; la surveillance des maladies chroniques notamment de l’hypertension artérielle et du diabète.

Le dossier pharmaceutique (DP)

Lancé le 20 décembre 2008, ce dossier, qui recense tous les médicaments délivrés les 4 derniers mois à un malade qu’ils soient prescrits par un médecin ou conseillé par un pharmacien, est une réussite. Au 15 septembre 2014 : 98.8% des pharmacies d’officine soit 22306 étaient raccordés ainsi qu’à titre expérimental 129 pharmacies hospitalières. Trente quatre millions (34 042 389) dossiers étaient opérationnels

Les objectifs de ce dossier sont au nombre de deux.



Eviter les accidents liés aux interactions médicamenteuses. Par exemple la prescription redondante par un ou des médecins ignorants les prescriptions de leurs confrères, faute d’un dossier médical informatisé et partagé, d’un médicament dont la consommation doit être limitée ou bien encore l’achat par un malade de « paracetamol » alors qu’une spécialité contenant ce produit lui a été récemment prescrite ou bien la prescription d’un anti inflammatoire chez un malade consommant des anticoagulants.
Ce dossier qui contient la liste de tous les médicaments récemment prescrits et achetés dans une officine raccordé au dossier est un moyen efficace pour réduire ou éviter les interactions médicamenteuses puisque ce dossier contient la liste de tous les médicaments achetés dans une pharmacie participant à ce dispositif



Permettre le suivi de la prescription des médicaments au sein de la population. Des informations contenues dans le DP il est possible d’extraire des données anonymes qui apportent des renseignements sur la consommation pharmaceutique. C’est ainsi que l’Agence Nationale de Surveillance des Médicaments a surveillé le changement introduit par le déremboursement des pilules dites de troisième et de quatrième génération. Le DP, permet aussi d’alerter les pharmaciens : soit du retrait des médicaments ou de lots de médicaments soit d’une alerte sanitaire.

Le dossier pharmaceutique peut certainement améliorer la sécurité des prescriptions médicamenteuses à la condition qu’il soit exhaustif ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui en raison de la faible participation des pharmacies hospitalières qui délivrent de nombreux médicaments aux patients hospitalisés mais rétrocèdent aussi à des patients ambulatoires des médicaments qu’ils ne peuvent se procurer dans une officine pharmaceutique.

Le dossier médical personnel

A l’inverse du précédent ce dossier est un retentissant échec financier et sanitaire.
L’annonce, bruyante, par le ministre de la santé, en 2003 de sa généralisation en 2005 était manifestement une erreur car ni son financement ni sa configuration ne permettaient sa réalisation.



Les médecins qui étaient chargés de le remplir furent totalement écartés de sa gestation et se désintéressèrent d’un dossier dont le contenu était décidé par les malades qui pouvaient à leur gré supprimer une partie de son contenu. Claude Leicher président de MG France principal syndicat des médecins généralistes affirmait le quatre janvier 2014 « Je n’ai encore jamais travaillé sur un dossier médical personnel. Même à l’hôpital de Valence je n’ai jamais eu à utiliser un DMP. »

Actuellement les DMP ne contiennent pas, pour la plupart, les informations médicales qui seraient utiles au suivi des malades et à leur sécurité. Il était utilisé au premier janvier 2014 par 5559 professionnels de santé sur près d’un million, 425 180 dossiers avaient été crées la plupart ne contenaient que les informations administratives recueillies lors de sa création enfin 398 structures de soins l’utilisaient sur plus de 3000.





Logiquement ce dossier devrait renfermer des informations administratives, les antécedents familiaux et ceux du malade (allergies), les résultats des examens biologiques, radiologiques. En cas d’hospitalisation la lettre de sortie, les prescriptions médicamenteuses ou mieux le dossier pharmaceutique, le volet médical de synthèse mis à jour chaque année par le médecin traitant.
D’autres informations pourraient s’y ajouter par exemple en cas de transfert dans un établissement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) qui permet d'évaluer le degré de perte d'autonomie ou le degré de dépendance physique ou psychique d'une personne âgée dans l'accomplissement de ses actes quotidiens.
En cas de suivi infirmier les informations recueillies par ces professionnels.
Pour que ces informations soient inscrites sur le DMP, la compatibilité des logiciels spécifiques avec ceux d’aide à la prescription que les professionnels utilisent pour leur dossier patient est requise.

La gestion du dossier médical personnel est entièrement contrôlé par le malade qui peut ou non le créer mais aussi bloquer l’accès à un professionnel, masquer un document qui n’apparaitra plus sur le dossier, demander la fermeture ou la destruction de son dossier autoriser ou non les services d’urgence à le consulter y compris par exemple les médecins du SAMU. Le malade peut également demander à son médecin qu’une information ou un document ne soit pas déposé dans son dossier.

En raison de l’échec patent du dossier médical personnel une variante le « DMP 2° génération » proposerait aux malades atteints d’une affection chronique en raison des problèmes fréquents et graves liés aux défauts de la coordination et du suivi des soins dont ils sont les victimes. Les prochaines années verront certainement le développement de cet outil indispensable à l’amélioration de la qualité des soins.

En conclusion, c’est très progressivement que les professionnels des soins entrent dans l’ère numérique, alors que dans le même temps pour un nombre croissant d’individus la numérisation de nos activités humaines semble sans limites car elle concerne un nombre croissant des nos activités.



Ce phénomène : le « quantified self » ou quantification de soi inclut des pratiques variées mais qui ont toutes pour point commun , de mesurer et de comparer avec d’autres des variables relatives à notre mode de vie : nutrition, exercice physique, sommeil, mais aussi pourquoi pas son humeur, etc. «Le « quantified self » repose sur l’utilisation de capteurs corporels connectés - bracelets, podomètres, balances, tensiomètres et d’applications sur mobiles, ces pratiques volontaires d’auto-quantification se caractérisent par des modes de capture des données de plus en plus automatisés, et par le partage et la circulation de volumes considérables de données personnelles.
Ce phénomène se développe à l’initiative des individus eux-mêmes et aussi, en raison des modèles économiques des acteurs investissant ce marché »



Demain les malades surveilleront leurs comportements : activités physiques, alimentation sommeil pourront quantifier leur humeur et l’évolution de leurs maladies : diabète, asthme, hypertension artérielle, insuffisance cardiaque état nutritionnel etc…

Cette évolution donnera aux malades des moyens d’accroitre leur autonomie par rapport aux professionnels des soins qui ne pourront pas négliger les données recueillies par les malades dans la surveillance de leurs activité , de leurs comportements y compris vis-à-vis des recommandations médicales et de l’observance des prescriptions médicales qui pourront être contrôlées à distance.



Il est vraisemblable que cette informatisation des données de santé et des données médicales gérée par les citoyens et les malades sera un puissant facteur d’accélération de l’informatisation des professionnels.